Leçon de jardinage n°1 (par le marquis de Saint Mauricul)

Petitmarquis Samedi dernier, alors que je relisais « Justine ou les Malheurs de la vertu », à moins que ce ne fût « Sabine ou les Valeurs du libéralisme », la marquise me pressa le bras de ses doigts boudinés et me lança d’un regard polisson : « Mon ami, c’est bientôt le printemps, j’ai besoin de vous pour mon gazon. »

De nature oisive, je rechigne d’ordinaire au labeur. Mais la dote de la marquise me permettant de vivre sans me soucier de l’intendance, je ne peux rien lui refuser. Ecrivons le franchement, la marquise me tient par les bourses.

Je pris donc connaissance de l’ampleur de ma tâche. L’endroit était couvert de mousse, d’herbes folles, d’un buisson touffu. Préférant m’étendre sur des pelouses déjà entretenues, j’avais été trop négligeant avec celle de la marquise. Je me mis aussitôt à l’ouvrage. Taillage, binage, arrosage. Je n’oubliais rien et répétais les gestes plusieurs fois jusqu’à voir se dessiner un sourire d’extase sur le visage de la marquise. Au bout de quelques heures d’activité, j’atteins mon but ; elle poussa un long soupir de satisfaction.

Messieurs, si vous aussi vous devez vous occuper du jardin de votre épouse trop longtemps laissé à l’abandon, laissez-moi vous donner un conseil. Plusieurs coups de bine dans la motte sont nécessaires. Même si votre épouse semble satisfaite du premier coup, persistez et surprenez la dans votre ardeur. Lorsque c’est chose faite, ne vous reposez pas sur vos lauriers. Ce petit jardin ravivé a besoin d’une attention quotidienne et de beaucoup de tendresse.  Demandez à la marquise, depuis que je m’y suis remis, chaque soir je laboure !