Le roi de Grosse Canne (les contes du marquis de Saint Mauricul)
Oyez pucelles et puceaux !
Oyez maquerelles et maquereaux !
Je viens vous conter l’histoire du bon roi « Grosse Canne ».
Il était une fois, au royaume du Fion International, un roi rond et gras qui s’appelait Dominique, dit « Grosse Canne ». Pourquoi ce curieux sobriquet me direz-vous ? Le malheureux souffrait-il d’une infirmité l’obligeant à se déplacer avec un solide bâton ? Que nenni ! Le bon roi Dominique devait son surnom à une anomalie physique bien particulière. Une fée lubrique, experte en dards et autres pilons, s’était penchée sur son berceau pour doter le bienheureux d’un appendice génital démesuré.
Conscient du don érotique qui lui avait été offert, « Grosse Canne » voulu faire preuve d’altruisme sexuel à l’égard de ses contemporaines. Aussi, toute femme souffrant de troubles de l’orgasme, d’aridité du mont de Vénus, ou d’autres incommodités de l’entrecuisse pouvait jouir de ses remèdes charnels. Si les rois de France guérissaient les écrouelles par l’imposition des mains, « Grosse Canne » guérissait les peines à jouir par pénétration de sa tige turgescente.
Mais les miracles de « Grosse Canne » firent des envieux. Puis des jaloux. La rumeur le soupçonna de se servir de sa royale verge dans un but plus personnel que médical auprès de galantes et de dames de cour. Pis, des femmes auraient assouvi ses fantasmes en échange de postes à responsabilité.
Foutre divin, le roi « Grosse Canne » aurait abusé de son pouvoir ! Qu’importe la vérité, ses nombreux adversaires, qui lui reprochaient son colbertisme sexuel, demandèrent sa tête. Bref, c’était la débande au royaume du Fion International !
Il fallait réagir et faire front. Son épouse, la reine, fut la première. L’ancienne princesse cathodique, dont la peau laiteuse lui avait valu le nom de Dame Seins-Clairs, rédigea un message électronique afin d’expliquer tout l’amour qu’elle portait à « Grosse Canne ». Puis, elle conclut en jetant un mouchoir pudique sur les aventures coquines de son époux.
Au pays de la bagatelle et de la bête à deux dos d’où était originaire « Grosse Canne », les réactions ne manquèrent pas. Le vénéré empereur, Nigo Ier, apporta son appui à « Grosse Canne ». Le grand Démago, pour l’avoir vécu personnellement, avait pleinement conscience des effets dramatiques que pouvaient engendrer ce genre de situation scabreuse. En effet, avant que son front fût ceins d’une couronne impériale, celui-ci avait supporté les bois de l’adultère. Plus modérée dans son soutien, la Duchesse de Charente-Poitou se contenta de formuler un vœu : « J’espère qu’il sera blanchi (…) ». La tiédeur de ses propos était due aux douloureux souvenirs réveillés par cette cabale. Quelques mois plutôt, elle avait mis à la porte de son château ducal un compagnon qui, malgré une « petite bite » aux dires de sa Seigneurie, s’était montré trop volage.
Une commission d’enquête fut constituée. Menée par des républicains puritains, elle devait faire toute la lumière sur cette affaire. Les inquisiteurs ne badinaient pas avec le sexe. Quelques années auparavant, un de leur ancien président avait dû s’expliquer de l’usage très personnel qui faisait de ses cigares en compagnie de l’une de ses stagiaires. « Grosse Canne » tremblait, tandis que chaque membre du Fion Internationale était sondé.
Après une enquête approfondie, la commission rendit ses conclusions. « Grosse Canne » avait bien eu des relations consensuelles avec une économiste spécialiste des bourses, mais jamais il n’avait abusé de son pouvoir en contrepartie de ses faveurs.
Les proches du roi se félicitèrent de cette décision. Soulagements, hourras et autres vivats traversèrent le Fion ! « Grosse Canne » n’avait pas molli dans l’adversité. Ainsi, il put continuer de besogner au Fion international.







